Croisière et diadème suite

C’est au moment où la Duchesse porte un toast que la Dame blanche se lève, légèrement chancellante, se penche en sa direction et lui hurle au visage un   » ta gueule vieille conne, tu nous fais chier avec tes breloques et ta tarlouze… « . Comment décrire le silence qui s’en suivi innondant la quasi totalité du restaurant. Stupeur, effroie, peur.

La Dame blanche fait le tour de la table et se précipite sur le chignon « brioche » de la Duchesse qu’elle se met à secouer follement tout en continuant à l’insulter de plus belle. Le diadème chancelle, les pendants de diamants virvoltent et le chignon perd petit à petit de sa splendeur. Le fils, offusqué assis à mes côtés ne cesse de répéter  » oh, my god, oh, my god » en se cachant le visage derrière ses gants noirs et sa collection de bagues de famille. Pour ma part, après quelques secondes de stupeur et une inertie contenant ma surprise une léger sourire s’esquisse sur mes lèvres trahissant l’aspect ubuesque de la situation. La Duchesse dans toute sa dignité se laisse boousculer en essayant timidement  et poliment de se défaire de son aggresseuse.  » mais arrêtez, arrêtez grande folle « . Du fond du restaurant je croise les regards effrayés et amusés du commandant et de ses invités. Les serveurs s’approchent rapidement pour séparer les 2 dames. L’un s’empare de la Dame blanche l’autre la ceinture et l’éloigne difficilement alors qu’un troisième réconforte la Duchesse. M’étant levé enfin pour prêter main forte, la foule des passagers se resserre autour de la table et je m’affaire à servir un verre d’eau pour le fils bagué qui souffle et pleure de frayeur devant sa mère décoiffée, froissée mais ayant gardée toute sa dignité. Le calme revient doucement autour de nous et nous pouvons enfin partager nos premières réactions sur cet évènement. Mais que s’est-il passé dans la tête de la Dame blanche pour s’en prendre aussi vulgairement à la Duchesse ? Depuis quelques jours nous avions remarqués que cette dernière avait un penchant immodéré  pour le champagne qu’elle consommait sans modération, invitant tous ceux qui voulaient se joindre à elle. Elle racontait sa vie d’actrice puis la conversation suivante était devenue danseuse à l’opéra de Paris puis soudainement ambassadrice de beauté en Amérique. Elle avait même croisée les plus grands, de cérémonies en fêtes de campagne, de Premières en cocktails d’ambassades.

Le commandant décide alors de la consigner dans sa cabine jusqu’à notre retour au port de Fort de France où elle fût débarquée et hospitalisée avant son rapatriement en France. Pour l’histoire, la Dame blanche n’était rien de tous les personnages qu’elle avait interprêtée pendant cette croisière, juste une femme meurtrie, délaissée par un mari parisien qui avait quelques jours auparavant déclaré aux autoritées sa disparition et fait bloquer son compte en banque dont elle avait subtilisée la carte banquaire. La Duchesse qui restait encore une semaine à bord nous invita sur le pont supérieur un soir de navigation pour boire une coupe de champagne, rendant enfin un bel hommage au défunt Duc.

Pour cette histoire je décerne la Palme d’or du souvenir de croisière mais il y a eu beaucoup, beaucoup d’autres récompenses décernées…

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